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Tissage d’histoire(s) Saison 2

que tu puisses aimer

texte mis en musique par Walass et Musashi, lu par les auteurs - 1 juillet 2017 - Médiathèque de Bassens

1

LE NARRATEUR.-

Que.
Que tu.
Que tu puisses.
Aimer.
Que tu puisses aimer.
Oui.
Enfin.
Que tu puisses aimer ce que je suis.

TOUS.- Je suis la fille qui ne faisait jamais beaucoup de bruit. Je suis le garçon qui aimait faire des siennes. Je suis la fille qui lisait et dessinait, par terre, à Biarritz, au pied de son lit. Je suis le garçon le seul avec 3 sœurs. Je suis le garçon qui avait la télé. Je suis la fille qui disait « maman chérie ». Je suis le garçon qui n’aimera pas la trigonométrie. Je suis le garçon qu'on aimerait aimer. Je suis le garçon, celui qui vous toucherait sur une note de douceur. Je suis la fille qui a porté son petit frère sur son dos avant les repas du soir. Je suis la fille qui avait peur mais qui a essayé, un jour. Je suis la fille qui s’est posé une question. Je suis le garçon qui courait dans le vent. Je suis le garçon qui jouait au cerf-volant. Je suis la fille qui appelait souvent au téléphone. Je suis la fille qui a encore dit « maman chérie ». Je suis la fille qui a vu les autres vieillir. Je suis la fille qui a dit  « papa aussi ». Je suis le garçon qui avait plein d’amis. Je suis le garçon qui était perdu loin de chez lui. Je suis la fille née à Paris, début juillet. Je suis la fille qui avait quatre frères. Je suis la fille qui aime les vieux châteaux et les mystères. Je suis la fille qui ne va plus en talons hauts. Je suis la fille qui marche dans les flaques d'eau. Je suis la fille bonbons, caramels, chocolats. Je suis la fille sur le banc, ... sans toi. Je suis la fille ravie par le rire des enfants. Je suis la fille sensible aux couleurs de l'automne, et aux fleurs du printemps. Je suis la fille enivrée par l'odeur de la terre, l'été après la pluie. Je suis la fille qui avait Maïté pour amie. Je suis la fille, assise, dans un train. Je suis la fille qui t'attendait, en vain. Je suis la fille qui leur a fait écrire et réciter leurs poésies. Je suis la fille qui t’a vu naître et grandir chaque jour. Je suis le garçon qui rêvait de folies. Je suis le garçon qui avait plein d’envies. Je suis la fille qui vous aime tous les deux. Je suis la fille qui vous remercie, libre et tranquille. Je suis la fille qui n’avait rien d’écrit sur ses t-shirts. Je suis le garçon qui était comme toi. Je suis le garçon qui était comme lui Je suis la fille qui rit. Je suis la fille qui pleure. Je suis le garçon dont la présence serait chérie. Je suis la fille qui avait trois sœurs et cinq frères. Je suis la fille qui n’aimait pas son prénom en classe de 5ème. Je suis la fille qui n’a jamais vu l’océan. Je suis le garçon qui était comme tu dis. Je suis le garçon qui a dit : pars d’ici. Je suis la fille qui n’ira jamais voir une comédie musicale à Broadway. Je suis la fille qui n’est pas née en Afrique. Je suis la fille qui a rencontré ce garçon dans un bar du quartier. Je suis la fille qui n’a jamais franchi la porte de cette clinique ce matin de juillet. Je suis le garçon qui courrait partout, entre les murs et les fleurs. Je suis la fille qui a gardé un enfant, ses bagages et un vieux cahier noirci au fond d’un tiroir. Je suis le garçon qui aimait la campagne. Je suis le garçon, celui que tu connais, devant l’école des garçons. Je suis la fille qui a trouvé l’âme sœur. Je suis la fille qui découvre. Je suis la fille qui cherche. Je suis la fille qui rêve nez au vent. Je suis la fille sous la pluie. Je suis le garçon qu'on laisserait s'exprimer. Je suis le garçon qui n'aimerait pas le chocolat. Je suis le garçon qui se réveillerait sans peur, grincheux mais sans peur. Je suis le garçon qui apprivoiserait les autres. Je suis le garçon ferait pousser des fleurs sur le bord de sa fenêtre. Je suis le garçon qui repassait ses T-Shirts. Je suis la fille qui aime. Je suis la fille qui a joué avec des garçons. Je suis la fille qui ne savait pas ce qu’elle ferait plus tard. Je suis la fille qui aimait te regarder dans ton atelier. Je suis la fille qui a rêvé d’être pianiste. Je suis la fille qui a toujours rebondi. Je suis la fille qui est partie la nuit sur un lac en dériveur. Je suis la fille qui pleurait quand son père s’envolait. Je suis la fille qui a toujours pu mieux faire à l’école. Je suis la fille qui riait au vent. Je suis la fille qui trouve. Je suis le garçon qui suivrait ses rêves au bout du monde comme au coin de la rue. Je suis le garçon qui lirait tout, tout de suite, et encore. Je suis le garçon qui écrirait sur tout, sur les murs sur les fleurs. Je suis la fille qui vide les corbeilles à papier et les cendriers. Je suis la fille qui connait la marque de votre café, votre parfum, et vos tasses abandonnées au fond de l’évier. Je suis la fille qu’on croise dans les couloirs, ombre parmi les ombres agitant la même blouse. Je suis la fille qui n’a pas de nom. Je suis la fille, celle qui vous regardait à travers les lattes des palissades, parc Paul Jacquet. Je suis celle-là enn mars à Saint Loubés et qui rature sans cesse pour un mot, une rime qu'elle ne trouve pas. Je suis la fille froissée par les années, comme en apesanteur. Je suis la fille du vent. Je suis la fille que la vie tente. Je suis la fille du fil. Je suis la fille que tu ne retiens pas, celle qui file. Je suis la fille sur le sable, sous la pluie. Je suis la fille qui vous remercie, libre et tranquille. Je suis la fille qui ne faisait jamais beaucoup de bruit. Je suis la fille dans les bureaux vides à 23 heures.

UN.- Qu'est-ce qui me fait rêver moi ?

DEUX.- Où vais-je moi ?

TROIS.- Qu’est-ce qui me fait vibrer moi ?

QUATRE.- Qu’est-ce que je ferai si je gagnais au loto moi ?

CINQ.- Suis-je fier de moi moi ?

SIX.- En vertu de quoi, m’obliger à plier moi ?

SEPT.- Pourquoi je n’ai jamais fait de la politique moi ?

UN.- Qu'est-ce qui me fait rêver moi ? A priori, j'aurais envie de dire « je ne sais pas ». Trop gâtée dans la vie, oui. Même si quelques épreuves m'ont cabossée. J'irai même plus loin : dois-je rêver ? Est-ce utile ? Me confronter à ma propre réalité, n'est-ce pas suffisant pour occuper toutes mes pensées, mon espace-temps ? La vie n'est-elle pas par essence un rêve en soi ? Hein ?

DEUX.- Où vais-je moi ? Je ne le sais pas moi-même. J’erre et j’avance. Je vais où mes pas me guident. J’avance devant moi, mais derrière aussi, ou à gauche, à droite. Je vais où je peux. Où je veux aussi parfois. C’est une vraie question ! Le plus important est bien que j’aille quelque part. J’aime aller où je vais, où mes pas me guide. Me guident-ils où je veux aller ? Je ne le sais pas moi-même. Mais j’y vais, tranquillement, sans courir. Je finirais peut-être par y arriver un jour. Ça ne s’arrêtera jamais, tant que je pourrai marcher. Tant que je pourrai y aller.

TROIS.- Qu’est-ce qui me fait vibrer moi ? Vous avez dit vibrer ? Le téléphone fait vibrer. Soyons simples… Selon le réglage de sa configuration, il peut vibrer au fond de votre sac et vous avertir d'un contact. Bien sûr, si vous l'avez glissé dans une poche de vêtement, l'objet peut se transformer en érophone tactile…

QUATRE.- Qu’est-ce que je ferais si je gagnais au loto moi ? Gagner au loto...

TROIS.- Et les cils vibratoires de vos muqueuses pulmonaires ? Ceux-là travaillent en silence et vous aident à remonter le mucus bronchique. Eux ne vous procureront aucun plaisir. Seulement du confort respiratoire.

QUATRE.- Je ne joue pas mais sait-on jamais, un accident du hasard. Hasard !

TROIS.- Et les cils de vos paupières ? Les cils que vous agitez avec une fréquence plus ou moins soutenue. Ce qui fera vibrer votre interlocuteur de plaisir ou de douleur.

CINQ.- Suis-je fier de moi moi ? Je pourrai dire bien sûr que oui. Tout va bien, j’ai tout ce que je désirais. Une épouse attentionnée, avec beaucoup d’amour. Deux beaux enfants qui m’aiment. Plein de petits-enfants qui adorent leur papy. Je suis fier de moi, la vie est belle. Pourquoi ne serais-je pas fier d’avoir la vie que j’ai, que j’ai voulu ? Je suis fier de moi. Et gare à ceux qui diront le contraire !

TROIS.- Depuis quelques temps le collectif l'emporte. Partout éclosent Les Vibrations Urbaines.

SIX.- En vertu de quoi, m’obliger à plier moi ? Je suis une rebelle depuis l’enfance. J’ai beaucoup de difficultés à obéir. Obéir. Mot qui me hérisse. Obéir c’est faire sans comprendre. Plier c’est se soumettre. Y a-t-il une vertu à se soumettre ?

TROIS.- Depuis quelques temps le collectif l'emporte. Partout éclosent Les Vibrations Urbaines.

SIX.- Se soumettre c’est accepter que l’autre impose sa volonté sans possibilité de discuter, admettre que quelqu’un détient la vérité. Impossible… Impossible pour moi. Alors, plier ?

TROIS.- Depuis quelques temps le collectif l'emporte. Partout éclosent Les Vibrations Urbaines.

SIX.- Plier, c’est aussi accepter que l’on ne puisse pas être dans la confrontation pour de multiples raisons et parfois pour sa survie psychologique ou physique.

TROIS.- Depuis quelques temps le collectif l'emporte. Partout éclosent Les Vibrations Urbaines. Aux accents multiples.

SIX.- Plier, c’est courber l’échine en attendant de trouver la stratégie adaptée pour s’échapper.

TROIS.- Partout éclosent Les Vibrations Urbaines. Aux accents multiples. Aux consonances variées.

SIX.- Mais nous sommes obligées de respecter les lois, les règles sociales au risque d’être exclues. Résister nécessite de mesurer les enjeux et le risque.

TROIS.- Partout éclosent Les Vibrations Urbaines. Aux accents multiples. Aux consonances variées. Aux découvertes probables.

SIX.- En vertu de quoi, m’obliger à plier moi ? La survie vaincra t’elle du despotisme de certains ? De qui suis-je prête à accepter l’autorité ? Question que je me refuse à me poser !

TROIS.- Partout éclosent Les Vibrations Urbaines. Aux accents multiples. Aux consonances variées. Aux découvertes probables. Aux nouveautés dernières crues. Une fête plutôt contemporaine.

SEPT.- Pourquoi je n’ai jamais fait de politique moi ? Pas les qualités requises. Je souffre de quelques tares, entre guillemets. Je vis seule et ma famille est loin, donc qui pourrais-je embaucher comme attachée parlementaire pour m'aider dans ma mission ? Quelqu'un de confiance donc car on sait pertinemment que seul son conjoint ou ses enfants le sont et ce dans tous les milieux professionnels, en France comme en Navarre. J'ai aussi la fâcheuse tendance à avoir des opinions constantes, je ne change que peu d'avis sur mes valeurs, mes centres d'intérêt, les gens que j'admire. Pour le dire autrement, j'ai tendance à garder le même manteau plusieurs années quand il faudrait pouvoir retourner sa veste au quotidien.

LE NARRATEUR.- Qu'est-ce qui nous fait rêver ? Où allons-nous ? Qu’est-ce qui nous fait vibrer ? Qu’est-ce que nous ferions si nous gagnons au loto ? Sommes-nous fiers de nous ? En vertu de quoi, nous obliger à plier ? Pourquoi n’avons-nous jamais fait de politique ? Que. Que nous. Que nous puissions. Aimer. Que nous puissions aimer. Oui. Enfin. Que nous puissions nous aimer. Hein, ça serait bien, n’est-ce pas ? Se glisser dans les interstices du réel. Vous savez, ces petits, ces très petits, ces très très petits espaces vides que l’on voit, par exemple, entre les lames du plancher de cette vieille maison de famille, ces fentes, toutes petites fentes, ces hiatus…

S’y faufiler, s’y engouffrer…

Puis se redresser, prendre une posture de superhéros, lever la tête, inspirer, expirer – une bonne respiration ventrale, bien consciente – oui, et puis tracer la route, marcher au hasard des rencontres comme quand on explore une terre… celle-ci pas si inconnue puisque celle-ci est celle de notre imaginaire.

 

 

2

TOUS.- Que tu puisses aimer.

1.- Un transistor.

TOUS.- Un transistor ?

1.- Oui. Un transistor. Mutique ou bavard comme une pie, le transistor, transporte, transpose. Nous traverse avec ces trans histoires, ces trans humances humaines qu’il nous reste à tisser avec nos vies d’ici et là-bas. Les sons nous rapprochent, dépassent, percutent, dérangent, bercent, endorment. Les sons nous réveillent.

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor.

TOUS.- Que tu puisses aimer.

2.- Une bouteille de lait.

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait.

TOUS.- Une bouteille de lait ?

2.- Oui. Une bouteille de lait. Objet du quotidien, du mien en tout cas. Pas un jour sans le manipuler, sans lui vider le ventre pour en remplir le mien. Et pourtant, il y a longtemps pas de bouteille… Le contact de la vache, là sous ma main... Enfance...

TOUS.- Que tu puisses aimer.

3.- Un cageot.

TOUS.- Un cageot ?

3.- Oui. Un cageot. Marchés, matins frais, fruits, légumes sur étals. Air de déjà vu, celui du passé qui fait plaisir, qui fait du bien, qui rassure. A nouveau les odeurs, à nouveau les couleurs. Invitation au voyage avec ses inscriptions aux provenances exotiques. Morceaux de bois assemblés, morceaux de vie, envies d'ailleurs…

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait et un cageot.

TOUS.- Que tu puisses aimer.

4.- Mon sac en main.

TOUS.- Ton sac à main ?

4.- Oui. Mon sac à main comme contenant : papiers d'identité, carte grise, assurances, téléphone portable, agenda, répertoire, mouchoirs, pansements,… Oh oui, les pansements…

5.- Moi aussi.

4.- … et puis ciseaux, pince à épiler, bâton à lèvres, gel désinfectant,… Oh oui, le gel désinfectant.

5.- Moi aussi.

4.- … crème pour les mains, médicaments, photos de mes enfants, de mon père décédé,… Oh oui la photo de mon père décédé.

5.- Moi aussi.

4.- … petits symboles comme une perle, une peluche, un stylo fétiche, un carnet, une clé USB avec tant de choses à l'intérieur, une phrase sur le bonheur de Mathieu Ricard.

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait et un cageot et un sac à mains.

5.- Moi aussi j’ai un sac. C’est un sac, c’est un cas ce sac… Mon sac. Sac. Cas. Posé, il devient tas et sas entre l’intérieur et l’extérieur. Avec 2 anses, il est nasse. Flétri, défraîchi, il chiffonne les regards.

4.- « Le bonheur est une manière d'être, or les manières s'apprennent. » C’était la phrase. La phrase sur le bonheur de Matthieu Ricard.

TOUS.- Que tu puisses aimer.

6.- Une pomme.

TOUS.- Une pomme ?

6.- Oui. Une pomme.

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait et un cageot et un sac à mains et une pomme.

6.- Allongé sous un arbre, par habitude et sans faim, j'ai croqué dans ma pomme, juste un morceau et je l'ai reposée en fermant les yeux. Et là, j'ai vu une espèce d'ouverture bizarre dans mon jardin. Je me suis approchée, j'ai avancé ma tête dans cet espace et là j'ai vu…

TOUS.- Tu as vu ?

6.- Oui.

TOUS.- Tu as vu quoi ?

6.- J’ai vu.

TOUS.- Tu as vu ?

6.- J’ai vu…

TOUS.- Tu as vu ?

6.- J’ai vu…

TOUS.- Tu as vu ?

6.- J’ai vu…

TOUS.- Bon t’as vu quoi merde ?

6.- J’ai vu… tout simplement.

TOUS.- Non mais sans blague…

TOUS.- Que tu puisses aimer.

7.- Une truelle.

TOUS.- Une truelle ?

7.- Oui. Une truelle. Quand je saisis son manche, ça me…

TOUS.- Ça te ?

7.- Quand je plonge la lame dans l’auge remplie de sable et d’eau et de poudre, ça me…

TOUS.- Ça te ?

7.- Ma main mon poignet, mon bras, mon épaule, tout mon corps sont saisis d’une énergie.

TOUS.- Oooohhh.

7.- Comme un soir de foudre, une énergie toute particulière zèbre mon corps. Voilà que je me mets à flotter. Je suis légère comme une plume. Je flirte avec la ligne d’horizon. Je suis un oiseau, je vole. Non… Mes mouvements sont fluides comme si j’étais dans l’eau, une masse d’eau océanique. Je suis où ? Dans le ciel ? Dans l’océan ? Je ne sais plus…. Je vole… je flotte….

LE NARRATEUR.- Truelle, tu exagères, ma petite pelle,
Ampoules aux mains, encore demain,
Au bras, tendinite, douleur sans limite,
Et sur mes chaussures, des éclaboussures.
Tu tapotes
Tu clapotes
Tu ferrailles
Tu dérailles
Truelle, tu exagères, ma petite pelle,…
Mais… chaque samedi, tout esbaudit,
Comment m’empêcher de farfouiller,
Dans la boite à outils remisée et rouillée,
Pour te dégoter, te prendre, t’empoigner.
Tu tapotes
Tu clapotes
Tu ferrailles
Tu dérailles
Truelle, tu exagères, ma petite pelle,
Ce soir, ma poule, encore plus d’ampoules
Tendinite, pas une chimère, je m’écroule,
Tu ne m’y reprendras point, ç a c’est sur
Jusqu’à samedi prochain, je t’assure !
Tu tapotes
Tu clapotes
Tu ferrailles
Tu dérailles
Truelle, tu exagères, ma petite pelle,…
Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait et un cageot et un sac à main et une pomme et une truelle.

TOUS.- Que tu puisses aimer…

8.- Une ventouse.

TOUS.- Une ventouse ?

8.- Oui une ventouse. La ventouse est un objet très utile. Elle aide à déboucher les éviers.

TOUS.- Les éviers ?

8.- La ventouse est un objet très utile. Elle aide à déboucher les lavabos.

TOUS.- Les lavabos ?

8.- Eventuellement les toilettes.

TOUS.- Les toilettes ?

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait et un cageot et un sac à main et une pomme et une truelle et une ventouse.

8.- Elle peut aider aussi à faire le zouave en se la mettant sur la tête et puis le manche peut être aussi utilisé pour remuer, pour mélanger la peinture dans son pot et puis elle peut être aussi utile aux trompettistes pour faire des sons bizarres en la mettant au bout de la trompette.

9.- Utiliser une ventouse, c’est mieux vivre, mieux respirer.

10.- Qui n’a pas de ventouse ne connaît pas le bonheur, ni la joie d’en avoir une.

TOUS.- Comment peut-on vivre sans une ventouse ?

10.- Elle débouche, sert à tout ce que vous pourrez imaginer.

TOUS.- Tout ? Non quand même !

9.- L’essayez c’est l’adopter.

8.- Et puis à notre époque où d'autres ont choisi la chirurgie, et à quel prix !, rien ne vaut cet outil, de surcroît écologique - entièrement manuel- et dont les résultats vous surprendront rapidement. Lors de la pression-aspiration, vos cellules adipeuses seront malaxées et votre collagène déstructuré. S'ensuit tout naturellement une réactivation de votre esthétique.

9.- Alors n'hésitez plus.

10.- Lancez-vous avec cette ventouse pour vos liposuccions.

8.- Cuisses.

9.- Ventres.

10.- Fesses.

8.- Existe en plusieurs couleurs. Prix : 3,25 € en grande surface.

TOUS.- Que tu puisses aimer.

11.- Un galet.

TOUS.- Un galet ?

11.- Oui. Un galet. Sa couleur rappelle le sable de l'océan. Le sable sec, le sable mouillé mélangé. Mélangé mouillé. Mouillé mélangé. Le galet. Ce sont les vacances et les châteaux de sable que la mer détruit après, les ricochets.

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait et un cageot et un sac à mains et une pomme et une truelle et une ventouse et un galet.

11.- Ce sont les heures passées, plus jeune, à jeter des cailloux dans l'eau avec des amis, à celui qui faisait le plus d'éclaboussures. C’est le temps passé à la fenêtre de la salle de classe à espérer arriver au week-end, le plus vite possible.

TOUS.- Que tu puisses aimer.

12.- Une carte postale.

TOUS.- Une carte postale ?

12.- Oui. Une carte postale. 13cmsx10cms. Papier glacé sur le recto. Oreilles pointues, un  chaton tigré, posé endormi sur les genoux d'un personnage dont on voit que le bas. Il tient dans la main un collier de perles rondes opaques et brunes. Au verso, en petits caractères, une information. Au verso, en petits caractères, une information.

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait et un cageot et un sac à mains et une pomme et une truelle et une ventouse et un galet et une carte postale.

12.- Au verso, en petits caractères  une information. Au verso, en petits caractères une information.

13.- Dis, sur cette carte que tu aimes, au verso, il y a en petits caractères une information.

12.- Oui.

13.- Laquelle ?

12.- Il y a écrit que c’est un moine en prière durant l'après-midi à Pagan, Myanmar. Moi, j’habite à Lormont.

13.- Et ?

12.- Je me demande comment c’est Pagan, Myanmar.

TOUS.- Que tu puisses aimer.

14.- Un maillet.

TOUS.- Un maillet ?

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait et un cageot et un sac à mains et une pomme et une truelle et une ventouse et un galet et une carte postale et un maillet.

14.- Oui un maillet en laiton de 450 grammes, le laiton est un alliage de cuivre et de zinc, ce qui lui donne une couleur jaune. Le diamètre de la partie en laiton est de 47 mm.

TOUS.- La longueur totale manche plus masse est de 190 mm.

14.- Il est de forme conique de façon de guider précisément les coups, sans rebonds et ménage les articulations de la main et du bras.

TOUS.- Il peut être pris dans tous les sens sans risque de blessure.

14.- Le manche en hêtre teinté est visé sur la partie en laiton, il a une forme arrondie et ergonomique pour une bonne tenue dans la main.

TOUS.- Le manche est galbé comme une belle jambe posée sur un sabot, brillant.

14.- Il se dresse comme un « I », comme un pion d’échiquier.

TOUS.- Par sa forme arrondie, il appelle à être pris en main.

14.- Oui, par sa forme arrondie, il m’appelle pour que je le prenne en main.

TOUS.- Eh bé… Que tu puisses aimer.

15.- Un pistolet ménager pour nettoyer les vitres.

TOUS.- Un pistolet ménager pour nettoyer les vitres ?

15.- Oui. Un pistolet ménager pour nettoyer les vitres. Je suis contente d’être armée. On ne sait jamais… Pan, pan… et avec cette belle saison, c’est mieux d’avoir les vitres propres pour voir dehors.

TOUS.- Que tu puisses aimer.

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait et un cageot et un sac à mains et une pomme et une truelle et une ventouse et un galet et une carte postale et un maillet et un pistolet ménager pour nettoyer les vitres.

TOUS.- Que tu puisses aimer.

16.- Un médaillon. Médaillon au crabe clinquant. Bijou un peu bling bling. Bijou de plage, genre souvenir de vacances acheté à la hâte. Doit être porté ni en ras de cou, ni en sautoir. Juste au-dessus de la poitrine. Possible signe du zodiaque. Le crabe est moins ragoûtant qu'une araignée. Possible d'en pincer pour lui.

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait et un cageot et un sac à mains et une pomme et une truelle et une ventouse et un galet et une carte postale et un maillet et un pistolet ménager pour nettoyer les vitres et un médaillon.

TOUS.- Que tu puisses aimer.

17.- Une prise anti-moustiques.

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait et un cageot et un sac à mains et une pomme et une truelle et une ventouse et un galet et une carte postale et un maillet et un stylo et un médaillon et une prise anti-moustiques.

17.- Enfin l’aimer… parce que je te préviens, tu vas finir au fin fond de la poubelle, tu m’entends ? T’as vu ta gueule : du plastique, des tiges électriques, des produits chimiques, t’es même pas renouvelable. Pas écologique, tout juste pratique. T’es pas beau, t’es même carrément moche, tu gâcherais la vue d'une jolie chambre en quelques secondes, plantée dans la prise de l'entrée. Tu pues... Si tu pues. Ils ont beau écrire sur la boîte le contraire, tu pues la mort. Mais soit, on ne te demande pas d'être jolie et agréable. On te demande d'être efficace. Au moins durant une nuit. Alors, tu m'expliques, oui, tu peux m'expliquer comment c'est arrivé. Aujourd'hui, c'était the big Day. C'est bien pour cela que je t'avais sortie hier soir. Un entretien d'embauche et un second rendez-vous avec ce charmant jeune homme rencontré la semaine dernière. Alors, vas-y. Dis moi ce que tu as fait cette nuit et pourquoi j'ai une grosse piqûre de moustique... pile au au milieu du front ! Je te hais !

LE NARRATEUR.- Que. Que tu. Que tu puisses aimer. Que tu puisses aimer un transistor et une bouteille de lait et un cageot et un sac à mains et une pomme et une truelle et une ventouse et un galet et une carte postale et un maillet et un stylo et un médaillon et une prise anti-moustiques, sache que…

TOUS.- Sache que quoi ?

LE NARRATEUR.- Défi permanent des mots pour exprimer succinctement la.
La banalité.
La banalité de.
La banalité de nos.
La banalité de nos existences.
Qui y a-t-il quand on se glisse dans les interstices du réel, de notre quotidien, de la réalité, quand on parvient à s’y faufiler ? 
Que va-t-on y découvrir ?
« Nous avons tous cette incroyable capacité de décoller du réel et de prendre notre envol par la pensée, le rêve, la musique, l’art… » a écrit Nancy Huston.
Oui, nous glisser dans les interstices du réel pour mieux en décoller.
J’ai été tellement heureux durant ces ateliers, heureux de partager.
La saison 2 de
Tissage d’histoire(s) se termine ici ce soir avec vous, avec nous, ensemble.

 

 

3

TOUS.- Je ne me réveille jamais à la première sonnerie de mon téléphone. Je ne me réveille jamais à la deuxième sonnerie de mon téléphone. Je me lave les cheveux tous les deux jours. Je verse des croquettes dans la gamelle de mon chat. Je prends toujours le même chemin pour aller travailler. Mon ordinateur Mac plante au moins une fois par jour voire plus quand je suis en plein milieu d'un mail ou d'un article qui ne s'est pas enregistré. Je regarde mon téléphone. Je me regarde dans un miroir. Je bois du coca-light Dès le lever, j'ouvre les fenêtres et les stores. J'ouvre le lit en grand. Je fais quelques étirements. Pour le thé, je mets l'eau à chauffer et je prépare un bol de céréales. Mots croisés ou fléchés, pendant le petit déjeuner. Je fais le lit. Je me douche et me brosse les dents. Je vérifie le temps qu'il fait pour décider comment m'habiller. Pour sortir, je recherche les clés. Dans mon sac, je vérifie si téléphone, lunettes et mouchoirs en papier…

LE NARRATEUR.-
Prépare-moi
Installe-moi
Touche-moi, sens-moi.
Dessine-moi
Grave-moi
Marque-moi
Tape-moi
Frappe-moi
Cogne-moi
Je suis là
Touche-moi, frotte-moi, lisse-moi.
Tu souris Daniel.
Merci.

TOUS.- Et ma petite bouteille d'eau ? Préparation des repas le midi et le soir. Trois étages à descendre, monter, redescendre, remonter... Sur le parking, je gare ma voiture toujours à la même place. Café ou thé avec mes cachets au lever. Traîner devant la télé.

LE NARRATEUR.- Une école primaire,
Des classes,
Les amis d'Ongi Etorri s'attendent.
Un cahier rouge et un dictionnaire,
Je débute l'étude de la langue basque
Un apprentissage voulu depuis des années
Qu'il faut maintenant étayer.
La langue de ma mère donc la moitié de mes origines.

TOUS.- Me laver, les dents en premiers, la douche, m'habiller soit bouger soit rester chez moi. Aller au bar pour lire sud-ouest et aujourd'hui ; souvent y manger pour ne pas être seule et en mourir. Voir la psy et le toubib. Aller aux rdv des gens qui m'aident à trouver du travail mais pas celui que je veux.

LE NARRATEUR.- Lever. Ouvertures fenêtres et stores.
Le thé encore fumant, préparation des céréales.
Grille de mots croisés. Douche. Brossage des dents.
Rires d'enfants, dehors. Vite à l'école.
Agitation dans l'escalier. Départ du voisin du 1er.
Dans le parking, le ronron des voitures. Chacun s'en va de son côté.
Rien de prévu pour la journée.
Je sors ou pas ?
Où sont les clés ?
Où sont les clés ?

TOUS.- Appeler Charly et les drôles de dames. Aimer mes enfants et mes petites filles. Faire la paix avec la famille. Prendre le bus, le tram. Valider la carte et sourire toujours ou presque. Dormir. Se lever tous les matins. Aller chercher une baguette. Déjeuner, préparer le petit déjeuner. Se doucher, s’habiller. Bricoler, sculpter.

LE NARRATEUR.- 7 heures, la voix de la radio.
Un attentat, une affaire politique puis la météo.
Ne pas bouger.
7h10, pas d'odeur de café,
la lumière entre les raies du volet,
personne ne bouge à mes côtés.
7h20, un bip... premier mail arrivé.
Pourquoi bouger ?

TOUS.- Regarder la télévision. Aller marcher dans les vignes. Jardiner, désherber, semer, planter. Peindre, dessiner. Faire les courses. Aller chercher des huîtres le dimanche matin. Lire mes sms, mes mails. Cuisiner de bons petits plats pour Véronique. Me lever avec mon dos tout raide. Prendre mon petit déjeuner avec du pain frais. Faire la lessive prendre ma douche. Préparer les repas. Enfiler mon pyjama. Chercher mes lunettes après la douche. Enfiler mes chaussons en entrant dans la maison. Prendre un café en milieu de matinée, d’après-midi.

LE NARRATEUR.- Défi permanent des mots pour exprimer succinctement
Rupture du départ
Impossibilité d’écrire, main inutile, pensées perturbées.

 

 

4

LE NARRATEUR.- Les jours. Les jours de. Les jours. Les jours de la semaine. Les jours de la semaine s’écoulent, n’est-ce pas ? Vous ne trouvez pas qu’ils s’écoulent ? Trop. Trop vite ? S’écouler. Les jours s’écoulent, n’est-ce pas ? L’eau s’écoule. Le sable s’écoule. Entre les doigts parfois. Les 5 doigts de la main. Les 7 jours de la semaine. Les jours s’écoulent. Que pouvons-nous faire de ces jours ? En faire.

TOUS.- Annie est venue déjeuner avec nous au club de couture. Toutes les femmes l'attendaient avec impatience, après ce qui lui est arrivé. 

LE NARRATEUR.- Que m'importe demain tant que le présent est vivant, a écrit l’une ou l’un d’entre vous. D'une rive à l'autre, nager vers de nouveaux horizons, aller vers demain. Mais de quoi sera fait demain ?

TOUS.- J'ouvre le frigo, juste un yaourt. Trop de temps passé à m'éreinter avec cette tondeuse dans ce terrain pleins de trous.

LE NARRATEUR.- Vivons le présent, a écrit l’une ou l’un d’entre vous, savourons-le, écoutons-le, vivons-le pleinement et mesurons la chance que nous avons d'être là. Etre là pour demain et après-demain sans chercher le lendemain, sans savoir de quoi il sera fait. Etre là, juste là.

TOUS.- J’ai eu des nouvelles de ma mère, elle n’est pas en grande forme, elle a 87 ans.

LE NARRATEUR.- Etre présent tout simplement, a écrit l’une ou l’un d’entre vous. Simplement être acteur et non spectateur subissant les outrages et les abus sociaux qu'on nous inflige en espérant qu'on se taira. Je ne suis pas là pour ça. Nos jeunes en dépendent. Ils ignorent ce que nous savons. Soyons lucides. Restons humbles. Surtout.

TOUS.- Pas envie de mettre le nez dehors, ça passera et ça reviendra. Quoi qu'en dise ma vie est ce qu’elle est et sera toujours ainsi. Je suis seule.

LE NARRATEUR.- Il est dix-sept heures, raconte l’un d’entre vous. Il fait beau et chaud. Je suis seul chez moi. Ma femme est allée visiter un musée au fond de la Chalosse. Je n’ai rien d’important à faire, pas de stress particulier. Mon fauteuil favori, face au jardin est disponible. Mon chat est sorti lui aussi. Toutes les conditions sont donc réunies pour que je puisse sacrifier à l’un de mes rites préférés : fumer un somptueux Havane, un Partagas D 4 accompagné d’un beau Whisky, un Moon Harbour. Une heure tranquille à savourer le temps qui passe, rien que ça, rien que ça, rien que ça mais tout ça.

TOUS.- Ce soir, sur une route de Saint Louis de Montferrand. Il est timide, petit et discret.  Pourtant je le vois, je l'aperçois. C'est un lilas. Joli lilas en fleur. Mauve.
Les piscines sont toujours bleues. Même par temps gris, le ciel s'y reflète bleu.
Le ménage, un éternel recommencement. Ils sont gentils les chiens mais je déteste les poils qu'ils sèment partout. Penser à leur apprendre à passer l'aspirateur !
Pourtant il leur faut respirer. Je leur dis : « Inspire avec moi pendant cinq secondes. On bloque. Puis expire cinq secondes au moins. Tant que tu fais cela, tu ne penses pas à autre chose ». Je l’ai fait 24 fois.
Ce jour-là ne m’évoque rien, certainement un jour comme les autres, comme beaucoup d’autres, rythmé par les activités quotidiennes d’une rare banalité. Je ne me souviens même pas de la météo.
Je coupe le tissu damassé, la lame crisse et j'imagine ma grand-mère ulcérée par le sort qui est fait à son trousseau de jeune épouse. Heureusement, ma grand-mère est morte depuis longtemps.
Observer un bourdon. Et se prendre la tête pour savoir si c'est un bourdon des près ou un faux bourdon.
Ce magnifique oiseau, une huppe fasciée, j’espère que comme l’année passée, elle fera son nid chez nous.
Ai vu Emilio à qui on a dégommé une métastase au cerveau, saloperie de crabe.
Le marché à Bassens. J'y vais, j'y vais pas ? Si j'y vais pas, rien dans le frigidaire. Si j'y vais,... 3 étages à descendre et 3 à remonter, encombrée de paquets, les bras chargés... J'y vais pas.
Quand on arrive dans une réunion où on ne connaît personne, et que tous se connaissent et travaillent ensemble depuis des années.
La morphine se délaye au sang de lézard sous les vapeurs de narcotiques qu'adoucissent des quartiers d'orange.
Cours d'aquagym. Je regarde le prof. Il a vraiment fondu. A force d'être toujours dans l'eau peut-être !

 

 

5

UN.- Elle laisse dépasser le soleil sous l’ombre, débardeur jaune. Vers le soleil, un pendentif en fleur plonge. Caché par quelques mèches recourbées, un ras-du-cou se laisse entrapercevoir, chemin ponctué de légères sphères.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions nous aimer.

DEUX.- Une voisine d'atelier. Isabelle, de taille moyenne, la quarantaine, de corpulence mince. Sa coupe de cheveux, carré court plongeant, souligne le soin qu'elle veut naturel. Quand elle rit, ses plis de malice illuminent son regard.

LE NARRATEUR.- Que.

UN.- De son regard gris, elle veille sur son enfant, attentive et protectrice.

LE NARRATEUR.- Que nous.

DEUX.- La finesse de ses traits reflète son esprit. Efficace et vive sont ses deux atouts.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions.

UN.- A son poignet gauche, le bracelet des mères, un élastique jaune ponctué de rouge. Sabrina : c’est la douceur maternelle qui se cache dans une armure sombre.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions nous.

DEUX.- Sa manière d'écrire, rapide et nerveuse, rythmée par le son mat de ses bracelets du bras droit, me rappelle qu'Isabelle, on dirait aussi une rebelle qui cacherait son jeu.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions nous aimer.

TROIS.- Delphine, elle explose de joie, et de vie, et de gourmandise.
Delphine a quelques rondeurs rassurantes qui trahissent son amour des bonnes choses. Sous une coiffe de soleil roux, ses yeux rigolent toujours, sauf quand ils deviennent noirs.

QUATRE.- Une jolie petite fille Alicia, brune, cheveux longs, une queue de cheval.

TROIS.- Sa bouche est gourmande et gouailleuse, prête pour le rire et croquer des cerises.

QUATRE.- Ses jeux bleus gris lui donnent un regard vif et rieur. Elle est souriante et mignonne.

TROIS.- Sur sa narine droite,
Son percing joue les provocateurs.

QUATRE.- Ballerines roses assorties avec son gilet, collants blancs, une vraie fille.

TROIS.- Delphine, on dirait un Rembrandt égaré au XXIème siècle.

QUATRE.- Cette petite fille doit faire le bonheur de ses parents.

CINQ.- Nina, 2 syllabes. Brune, cheveux longs souples, peau claire, un regard noir de petite fille pétillante. Un petit air réservé, petit air de souris malicieuse, concentrée, studieuse. Petite fille pas encore adolescente dans un groupe d’adultes. Sous le regard protecteur et bienveillant de sa maman.

SIX.- Bernard se présente à l'atelier de Renaud : ce petit homme d'une grande élégance, sa pochette grise assortie à son blazer.

QUATRE.- Alicia : on dirait une petite fée déposée dans l’atelier d’écriture.

SIX.- Ses lunettes carrées renvoient au choix de couleur de ses chaussures de dandy.

SEPT.- Une deuxième amie est arrivée, Nat, une dame raffinée, élégante, sérieuse dans son travail, appliquée dans sa besogne.
Ses lunettes très propres, bien ajustées, sa petite queue de cheval lui donnent l'air d'une collégienne. Sa bouche gourmande n'aime que les sucreries. Ses pantalons bien ancrés dans ses bottes.
Nat : on dirait un personnage de western !

SIX.- Bernard  : on dirait qu'il vient d'arriver tout droit de GLASGOW pour cet atelier de la presqu'île.

SEPT.- Grande, élancée, les cheveux coupés court, un petit regard bleu de timidité, un beau sourire qui dégage de la sympathie accentuée par une voix douce et posée. Au premier abord cette distance qu'elle installe… Annick : on dirait une personne qui se cache pour être découverte !

HUIT.- Cette femme grande, mince, cheveux courts et grisonnants, d'allure sportive, me laisse perplexe ! Lucette.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions nous aimer.

NEUF.- Joëlle, une grande femme, cheveux blonds avec des mèches brunes au carré, avec des lunettes noires, une tête assez ronde, épaules un peu rondes, des yeux marrons légèrement en amande, très impliquée dans son métier, souvent avec des vêtements colorés et des accessoires à motifs colorés aussi.

HUIT.- Quel âge a-telle ? Lucette.

DIX.- Le noir, le rouge, l’ocre,
Ou la conjugaison des couleurs :
Anne-Céline, les épaules habillées d’une veste couleur sable,
La chevelure courte festonnée d’un noir soyeux,
Révèle des yeux d’un brun vif.

HUIT.- Quel âge a-telle ? Lucette.

NEUF.- Souvent derrière le comptoir de la bibliothèque. Toujours souriante et accueillante.

HUIT.- Quel âge a-telle ? Lucette.

DIX.- Le rouge est convoqué ; couleur dominante.

HUIT.- Pas de chaussette, jamais ! Lucette.

NEUF.- Des bracelets dans les tons argent et or.

HUIT.- Pas de chaussette, jamais ! Lucette.

NEUF.- Deux bagues aux doigts, une sur la main droite, l’autre sur la main gauche.

HUIT.- A-t-elle oublié d'en mettre, des chaussettes Lucette ?
Je ne sais pas.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions nous aimer.

DIX.- Les brunes ont de la chance ; toutes les couleurs leur vont à merveille.
Collier, bague en forme de fleur,
Montre, bracelets fins avec strass rappellent le damier rouge et blanc du chemisier, qui épouse ses formes rondes.

HUIT.- A-t-elle oublié d'en mettre, des chaussettes Lucette ?
Je ne sais pas.

DIX.- Les fines boucles d’oreille en origami, elles aussi, sont pointillées de rouge et blanc.

HUIT.- De sa voix suave, elle raconte sa nature comme elle la voit. Lucette. C'est vrai : elle porte des lunettes : ça aide ! Lucette.

DIX.- Une discrète rougeur, comme une île, vient ponctuer

devant son oreille gauche ses joues rosies.

HUIT.- Lucette.

NEUF.- Aujourd’hui, elle porte un haut vert aux manches longues, un jean bleu avec des bottines marron clair.

HUIT.- Lucette.

DIX.- Un sourire se dessine souvent sur son doux visage.

HUIT.- Lucette : on dirait une grande sauterelle !

DIX.- Anne-Céline, on dirait qu’elle va chanter une berceuse accompagnée d’une musique lusophone.

HUIT.- Lucette : on dirait une grande sauterelle.

ONZE.- Une femme à l'élégance naturelle : Agnès. Quelques bijoux fins et sobres réhaussent son visage qui n'a pas besoin de maquillage.

HUIT.- Lucette : on dirait une grande sauterelle.

NEUF.- Elle a aussi mis un foulard à motifs et coloré avec deux bagues et un bracelet, mais tout ceci a déjà été dit. Voilà, c’est Joëlle.

HUIT.- Lucette.

ONZE.- De jolis yeux bleus rajoutent à la douceur qu'elle dégage. Ses chaussures à talons bas semblent l'accompagner confortablement dans une vie bien remplie.

NEUF.- Joëlle : on dirait une dame attentionnée et qui a été petite, sage à l’école.

HUIT.- Lucette : on dirait une grande sauterelle.

ONZE.- Agnès : on dirait une jolie mamie douce et bien occupée.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions nous aimer et…

DOUZE.- Daniel, tout en nuances, Daniel, c'est le sens du détail. Entre bleu et gris, la couleur de sa veste océan assortie à celle de ses lunettes. Celle de ses cheveux et sa barbe s'accorde avec son T-shirt. Daniel, entre deux âges. Une veste à capuche adolescente s'entrechoque avec une canne à pommeau. Daniel, des yeux trahissant une malice juvénile et ses mains révélant l'expérience de la pierre taillée. Daniel, on dirait qu'il n'a pas encore choisi de quelle époque il était. Ou qu'il n'a pas voulu choisir.

TOUS.- Sabrina.

UN.- C’est la douceur maternelle qui se cache dans une armure sombre.

TOUS.- Sabrina et Isabelle. Isabelle.

DEUX.- On dirait aussi une rebelle qui cacherait son jeu.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions nous aimer et que…

TOUS.- Sabrina et Isabelle et Delphine. Delphine.

TROIS.- On dirait un Rembrandt égaré au XXIème siècle.

TOUS.- Sabrina et Isabelle et Delphine et Alicia. Alicia.

QUATRE.- On dirait une petite fée déposée dans l’atelier d’écriture d’Ambés.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions nous aimer et que nous…

TOUS.- Sabrina et Isabelle et Delphine et Alicia et Nina. Nina.

CINQ.- Sous le regard protecteur et bienveillant de sa maman.

TOUS.- Sabrina et Isabelle et Delphine et Alicia et Nina et Bernard. Bernard.

SIX.- On dirait qu'il vient d'arriver tout droit de GLASGOW pour cet atelier de la presqu'île.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions nous aimer et que nous puissions…

TOUS.- Sabrina et Isabelle et Delphine et Alicia et Nina et Bernard et Nat. Nat.

SEPT.- Nat : on dirait un personnage de western !

TOUS.- Sabrina et Isabelle et Delphine et Alicia et Nina et Bernard et Nat. Annick. Annick.

SEPT.- On dirait une personne qui se cache pour être découverte !

TOUS.- Sabrina et Isabelle et Delphine et Alicia et Nina et Bernard et Nat et Annick et Lucette. Lucette.

HUIT.- On dirait une grande sauterelle.

TOUS.- Sabrina et Isabelle et Delphine et Alicia et Nina et Bernard et Nat et Annick et Lucette et Joëlle. Joëlle.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions nous aimer et que nous puissions être…

NEUF.- On dirait une dame attentionnée et qui a été petite, sage à l’école.

TOUS.- Sabrina et Isabelle et Delphine et Alicia et Nina et Bernard et Nat et Annick et Lucette et Joëlle et Anne-Céline. Anne-Céline.

DIX.- On dirait qu’elle va chanter une berceuse accompagnée d’une musique lusophone.

TOUS.- Sabrina et Isabelle et Delphine et Alicia et Nina et Bernard et Nat et Annick et Lucette et Joëlle et Anne-Céline et Agnès. Agnès.

ONZE.- On dirait une jolie mamie douce et bien occupée.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions nous aimer et que nous puissions être aimés…

TOUS.- Sabrina et Isabelle et Delphine et Alicia et Nina et Bernard et Nat et Annick et Lucette et Joëlle et Anne-Céline et Agnès et Daniel. Daniel.

DOUZE.- On dirait qu'il n'a pas encore choisi de quelle époque il était. Ou qu'il n'a pas voulu choisir.

LE NARRATEUR.- Que nous puissions nous aimer et que nous puissions être aimés… enfin…

 

 

6

LE NARRATEUR.- J’ai lu quelque part mais je ne me souviens plus où, j’ai lu que nous étions conditionnés à penser que nos vies tournent autour de grands moments. Mais les grands moments sont souvent de jolis petits instants auxquels nous ne prêtons pas assez attention, n’est-ce pas ?

TOUS.- Que ta vie soit extraordinaire !
Vise la réussite matérielle.
Fais-en ton unique but.
Sois égoïste.
N'aies pas peur d'écraser ton voisin pour réussir. Tu le dois.
Mets-toi au centre de tout. Mets l'autre à l'écart. Ne t'intéresse pas à lui. Oublie-le, ignore-le, méprise-le, nie-le.
Quand on te donne, prends. Prends tout.
Profite, exploite.
T'élever est ta priorité. Même aux dépends de l'autre. Surtout aux dépens de l'autre.
Cours tout le temps, stresse, bouscule les gens, critique-les, engueule-les, crie, hurle, défoule-toi, insulte et ne te retourne pas. Use et abuse du chimique, de plastique, des emballages et suremballages.
Déballe, dégrade, pollue, pille, gaspille.
Tu n'en verras jamais le résultat.

LE NARRATEUR.- Les grands moments sont souvent des jolis petits instants auxquels nous ne prêtons pas assez attention, n’est-ce pas ?

TOUS.- Apprends à prendre le temps, et aussi à le perdre. Apprends à écouter le silence, et la musique aussi, les dièses et les bémols.
Adore la lumière au risque de t’y brûler, aime aussi les ténèbres, les questions et les angoisses.
Enivre-toi souvent, et bois de l’eau parfois.
Doute de toi et doute des autres mais donne aussi ta confiance. Va vite et doucement.
Apprends à regarder, à sentir, à goûter, à caresser, à aimer.
Ne prends rien de tout ça au sérieux.
Amuse-toi.
Fais des pirouettes…
Cacahuètes !

LE NARRATEUR.- J’ai lu dans Libération ces mots de Nicolas Bouyssi : « On est beaucoup plus libre qu’on ne le croit et on en profite assez peu en s’inscrivant dans des formes de vie à sens unique, avec leur lot de certitudes subies, d’habitudes comportementales et de routine, et, plus loin, vue dégagée sur le cimetière. »

TOUS.- Ne pas craindre la solitude. Rester humble. Préparer, anticiper, craindre le lendemain. Ne jamais oublier sa faiblesse face aux éléments. Hisser haut les voiles, s'il le faut. Risquer la casse des foils, pour impressionner… Une seule fois... et tout peut s'arrêter. Lever la tête, déconnecter les prothèses informatisées, oublier et s'oublier quelques instants, flotter.
Revenir ?
Peut-être. Ne pas y penser, ni savoir comment. Résister oui, toujours, nuit et jour. Chercher la passe victorieuse, se faire discret sans tricher. Aborder l'adversaire sans ciller, dissimuler sa verve et se réjouir. Affronter le cap si dur, retrouver le côté obscur et ses déferlantes glaciales, trembler et puis enfin s'en sortir.
Apprécier,
Tanguer,
Réparer,
Longer,
Contourner,
Larguer, et s'en retourner sans se retourner avec l'espoir d'y retourner…
Seul.
Ne donne pas de conseils,
Ne mange pas salé,
Ne mange pas sucré,
Fais du sport !
Va voter !
Pars travailler !
Promets-toi de ne plus recommencer.
N’oublie jamais de tricher,
N’oublie jamais de voler,
N’oublie pas de pratiquer l’évasion, éventuellement fiscale.
Perds-toi dans les méandres des nuages.
Fais toi une nouvelle méthode de vie ;
Range-la dans une boîte de conserve
Et fais attention à la date de péremption.
Ouvre le livre de la vie pour connaitre la couleur des mensonges.
Donne des avis des opinions des impressions, peu importe.
Mange de tout.
Cherche le sens, la profondeur, la hauteur peu importe, mais
N’oublie jamais la direction de la vie.
Joue le jeu mais fais ce qu’il te plaît.
Soit naturel et ne décide de rien.
N’oublie pas ta famille, pense aussi à toi.
Ne regarde jamais en arrière, sens la vie.
Profite du temps, promène-toi.
Vas où tes pas te mènent, loin des paysages.
Respire tout ce que tu peux, ce que tu veux.
Pars où tu seras serein, calme, vivant.
Fous-toi de la maladie, vis.
Ris de tout ce que tu peux devant le malheur.

LE NARRATEUR.- Je lis ces mots de Roland Topor : « Le sérieux n’est que la crasse accumulée dans les têtes vides. »

TOUS.- Sens les arbres, la nature à plein poumons.
Amuse-toi chaque fois que tu en auras l’occasion.
Laisse la misère aux autres.
Ecoute la vie, la nature autour de toi.
Avance où tu veux mais avance.
Emmène avec toi les autres dans ta vie.
Mais ne te laisse pas mener, gérer, distraire.
Garde tes forces pour ta vie.
Ecoute sans houspiller ou fais comme il te semble juste, n'oublie pas que le chemin le plus long est celui de ton cœur à ton âme. Devant les autres ne baisse jamais les yeux et ne tais pas les mots qui bouillonnent dans ton cerveau.
N'aime pas forcément ton prochain.
Il ne te le rend pas toujours.

LE NARRATEUR.- Robert Walser écrit à sa sœur à l’automne 1904 : « Surtout, ne pas penser. Chère Lisa, voilà le plus grand péché qui soit. Plutôt la débauche que la tristesse. Dieu hait les tristes. Mais tout va si vite. On meurt si vite. Juste devenir idiot. Il y a quelque chose de merveilleux à devenir idiot. Mais il ne faut pas le vouloir, cela vient tout seul. » Je lis cela et je me demande ce que je vais dire à mes fils.

TOUS.- Souris à la vie malgré les envies de disparaître et de ne pas être piéger par cette hypocrisie.
Assume tes choix, tes erreurs, ne trouve pas la solution dans les jugements de valeurs caricaturés, sois fort pour toi même, aime-toi et les autres, tu seras toujours là pour les secourir.
Ne sois pas ces petits maîtres exploitants dans leur ghetto de Puissants.
Ton âme veut contester profites-en.
Prends la parole et ne lâche rien quoi qu'il t’en coûte…
Les regrets, les remords feront de toi une ombre que devant le miroir tu détesteras.
Le jugement de qui ? De quoi ?
Personne n'a le droit de faire ça.

LE NARRATEUR.- « Surtout, ne pas penser. Chère Lisa, voilà le plus grand péché qui soit. Plutôt la débauche que la tristesse. Dieu hait les tristes. Mais tout va si vite. On meurt si vite. Juste devenir idiot. Il y a quelque chose de merveilleux à devenir idiot. Mais il ne faut pas le vouloir, cela vient tout seul. »

TOUS.- Arrêter de manger des bonbons.
Faire des petites siestes.
Marcher sous la pluie.
Chanter. Même quand on chante faux. Surtout quand on chante faux.
Partir. Prendre les chemins de traverse. Aller à la rencontre. 
Arrêter de râler. Arrêter de se plaindre. Accepter ce qui est. 
Apprendre à pardonner et à se pardonner. 
S'accepter comme on est.
Faire vœu de silence tous les 1er jeudi du mois.
Assumer ses choix. Apprendre de ses erreurs.
Rire.
Poser un regard différent. Tout voir et regarder avec ses yeux d'enfant. Voir au-delà des apparences.
Écarter les jaloux, les envieux, les méchants.
Aller à contre-courant. Oser. Oser être ce que l'on est.
Faire preuve d'humilité.
Se dire, se raconter en toute simplicité.
Rater pour mieux recommencer.
Se perdre pour mieux se retrouver.
Faire de sa vie une œuvre d'art.
Explorer, tenter, rêver. Imaginer. Peindre sa vie, y mettre mille couleurs.
Créer ses propres règles. Agir. Décider.
S'ouvrir à l'autre et à soi-même.
Être son meilleur ami.
Écouter, voir, sentir, toucher. Aimer…
Choisir pour qui voter.
Se faire une vie douce.
Se tenir droit. Lever la tête. Aller à l'essentiel et avancer.
Regarder une page blanche
La remplir de mots du dimanche
Des espoirs si tranquilles
Mais aussi espérer s'enivrer
De ripailles bon gré mal gré
Dévorer des histoires démentes
Je voudrais que tu te souviennes
Du bonheur d'inventer
Que ce soit l'hiver ou l'été.

LE NARRATEUR.- Je lis ce que j’ai écrit un jour sur un post-it destiné à Maya et que finalement j’ai gardé pour moi : « Il y a des gestes simples qui sont des gestes forts, tu ne trouves pas ? »

TOUS.- Ne te mets pas en retard.
Sur les courses.
Lance des lessives.
Programme à 40.
Mélange les couleurs.
Sois fort. Sois belle.
Regarde-toi les petites rides au-dessus des yeux.
Va au bal. Mets une ceinture. Des chaussures dorées. Des chaussures à paillettes.
Prends les p'tits ch'mins.
Suis les recettes.
Ne suis pas la recette.
Une vie facile.
Allumer un cigare.
Va à l'hôtel.
Commande un homard.
Commande un taxi.
Bois. Sue. Venge-moi.
Serre dans tes bras les gens que tu aimes.
Sois plusieurs. Regarde la mer. Fais de la magie. Chante Joe Dassin.
Mange et fourmille. Raconte des histoires de crocodile, de partage et de lac gelé.
Fais le beau gosse
Brise les murs
Respire, soupire. Transpire.
Bois. Sois. Maudis-toi.
Mets une belle nappe.
Tiens bien le volant.
A 10 h10.
Fais l'araignée. Cueille du muguet.
Chante à tue-tête. Tue les p'tites bêtes.
Relis ton livre. Fais un grand feu. Sois heureux.
Sois malheureux.
Pleure. Pleure. Reconnais. Embrasse ta mère. Arrête ton char. Regarde-toi. Vis comme jamais. Pars à Paris. Prends d'la saucisse. Mets des soutifs.
Mets des soutifs.
Mets des soutifs.
Mets des soutifs.
Mets des soutifs.
Mets des soutifs.
Mets des soutifs.
Mets des soutifs.
Mets des soutifs.
Mets des soutifs.
Mets des soutifs.
Mets des soutifs.
Mets des soutifs.
Joie
Bois
Ris
Chante.
Mets ton veston. Et des soutifs.
Fais pas pareil.
Fais plus pareil.
Mets plus jamais de soutifs, plus jamais.
Surtout.

LE NARRATEUR.- Je lis ce que j’ai écrit un soir en revenant du dernier atelier d’écriture animé pour le Sivoc, j’ai écrit : « Nous avons le droit au doute. A la déception. A la crainte du lendemain, l’angoisse, la peur. Le droit de nous sentir nuls. Face à… Face à tous… Face à tout ça. Devant… Derrière… En nous ? Dans ces moments-là, écrire comme on a écrit ce soir, ensemble. Ce n’est pas un remède, c’est reprendre vie. »

TOUS.- Vivre sa vie
Vivre sa vie
Vivre sa vie sans entrave
Vivre sa vie sans trop de grave
Vivre sa vie
Vivre sa vie et rêver
Vivre sa vie, sa curiosité
Vivre sa vie,
ne pas laisser le contrôle
ne pas se laisser jouer un rôle
Vivre sa vie
Vivre sa vie et écouter
Vivre sa vie pour guider
Vivre sa vie,
tous les jours pour aimer
tous les matins se lever
tous les soirs sans hésiter
Vivre sa vie,
ne pas se laisser écraser
ne pas se laisser blesser
et toujours avec fierté
Vivre sa vie,
un seul mot la bienveillance
pour entrer en résonance
et en garder la fragrance
Vivre sa vie
Vivre ça ! Vie
Vivre ça à vie…

 

 

Les participants aux ateliers d’écriture et Renaud Borderie (juillet 2017)